Comment s’en sortir vivant d’une séance portrait d’entreprise ….

…et pouvoir le raconter avec un sourire!

Aujourd’hui une partie importante de mon activité est constituée par les portraits d’entreprise (personnel, dirigeants, événements… )
Pour ce premier article je veux partager avec le lecteur comment j’en suis arrivé à ça en parlant d’un sujet apparemment très simple mais assez délicat pour un photographe: la réalisation d’un trombinoscope !

Un des plus gros défis/opportunités dans ma carrière de portraitiste se présenta en 2015 quand, au début du mois de mai je reçus l’appel de la direction RH d’une grande société parisienne. La personne au téléphone me demandait de rédiger un devis pour effectuer des portraits de l’ensemble de son personnel cadres/dirigeants à l’occasion d’un team building.

Voici la demande :
1)Il y avait un total de 81 personnes à photographier,
2) il fallait encastrer tout le monde dans une seule journée ouvrable, de 9h30 à 19.30h.
3) on n’avait ni le temps ni le budget pour une équipe de maquillage.
4) on ne pouvait pas se servir de tous les créneaux horaires, à cause d’une réunion générale qui avait lieu entre 14.00 et 15.30h.

J’avais déjà l’habitude de faire défiler rapidement du monde sur mon plateau photo. Mes deux premières années d’activité avaient été rempli par des photocalls , des EVJF*, des shootings e-commerce, des tapis rouges etc… Cela dit, ici la tâche était plus complexe.
Le rythme de travail me donnait droit à moins de cinq minutes par personne. Il fallait livrer une photo sérieuse et une plus “souriante” pour chacun/e des intervenants, un cadrage constant pour tous et trouver une lumière et un développement convenable à toute sorte d’âge et de visage, en sachant que je voulais absolument garder une patte personnelle et reconnaissable dans les images finales.
Pour accomplir cette mission je décidai d’analyser et affronter tous les problèmes un par un, en mettant les bases pour celle qu’aujourd’hui est ma méthode pour affronter un shooting photo d’entreprise.

*EVJF: (enterrement de vie de jeune fille)
  1. Le temps à disposition : je demandai à ma cliente une pièce dédiée pour le shooting avec des caractéristiques spécifiques ainsi qu’une personne de son équipe en permanence pour gérer « militairement » le flux de passage. Comme je voulais briefer et mettre à l’aise tous mes intervenants, la stratégie fut de faire rentrer sur le plateau des petites équipes déjà soudées dans leur vie professionnelle pour faire en sorte que tout le monde puisse participer à la séance comme un jeu collectif (et encourager ainsi les autres participants). Le retour d’énergie fut positif et cela impacta positivement le temps de shoot.
  2. La demande : livrer une photo sérieuse et une photo souriante. Ici il n’y a pas de secret, chaque photographe doit réussir dans le temps à disposition selon ses capacités et son caractère.
    Message pour les photographes qui débutent : Au fur et à mesure des missions je me suis rendu compte qu’un petit taux d’échec et inévitable : il y a des personnes qui ne veulent pas se faire photographier !  Si sur cinquante sujets vous trouverez une ou deux personnes qui ne veulent pas du tout sourire malgré vos efforts, il faudra que vous l’acceptiez sans vous torturer.
  3. Un cadrage constant pour tout le monde : la solution fut simple. Je décidai de photographier plus large pour resserrer le cadrage en phase de développement selon les différentes personnes. Je fis appel à un “opérateur numérique” . Cette personne avait le rôle de développer sur place les images en ajustant légèrement la lumière selon les intervenants et de recadrer les images selon les différentes physionomies de mes sujets.  L’utilisation d’un tabouret réglable fut aussi fondamentale pour gérer les différentes tailles et m’offrit un autre atout à l’époque inattendu : une personne assise est souvent une personne plus détendue !
  4. Trouver une lumière et un développement adaptable à tous qui montrent aussi une patte personnelle, et tout ça souvent sans budget retouche ! Ici pas de formule magique. Chaque photographe doit trouver sa direction. Une fois que vous aurez assez d’images à montrer le client vous choisira (entre autres) pour votre style, mais au début il faudra que vous vous fassiez confiance tout en gardant un œil vers ce qui est tendance sur le marché.

La mission comporta un vrai tour de force de deux jours mais fut aussi un succès inattendu. Ma cliente me remercia avec un long mail, chose assez rare dans notre métier (mais toujours très appréciée). La plupart des intervenants avaient apparemment gardé un très bon souvenir personnel de la séance et certains d’eux ont ensuite signalé mon contact une fois changé d’entreprise.

Pourquoi cet article: à part mon désir personnel de partage et visibilité j’ai écrit cet article pour deux raisons.

La première est pouvoir expliquer à toutes les parties impliquées dans l’organisation d’un tel événement que cela demande une attention particulière et une organisation très pointue. Il m’est déjà arrivé de recevoir un suivi incomplet sur ce type de mission (dont la complexité est parfois mal comprise) et le résultat final ne peux qu’en souffrir.

Mon deuxième message s’adresse aux photographes qui débutent dans ce secteur, ou qu’y opèrent dans des conditions défavorables. Il faut veiller à la composante humaine et au confort professionnel pour réussir et faire fructifier la réalisation d’un trombinoscope. Cela engendre forcement un coût pour le client (en termes budgétaires mais aussi d’investissement humain). Durant une session portrait on communique avec un nombre élevé de personnes, ce qui cache un potentiel réel de contacts professionnels. Sous-évaluer sa mission ou l’accepter à tout prix peut se traduire avec une mauvaise expérience professionnelle et/ou un manque d’opportunités futures.

Merci pour votre attention et bon courage pour l’organisation de votre séance photo portrait d’entreprise!

Giuliano Ottaviani 2019


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